Diesel à 6,38 $ US le gallon : une interdiction d’exporter aux États-Unis ferait grimper la facture au Canada
Donald Trump envisage d’interdire les exportations américaines de diesel pour faire baisser les prix avant les élections de mi-mandat. La Chambre de commerce du Canada craint un contrecoup pour le camionnage, l’agriculture et la construction.

6,38 $ US le gallon. C’est le prix moyen du diesel aux États-Unis mercredi, selon l’Energy Information Administration, l’agence américaine de statistiques énergétiques. Il y a 12 mois, il était de 2,62 $ US. En un an, le prix a donc plus que doublé.
Pour freiner cette flambée, Donald Trump a indiqué dimanche qu’il évaluait « très sérieusement » la possibilité d’interdire les exportations de diesel, pour une durée qui pourrait être de 90 jours, rapporte La Presse. Des élus républicains de l’Iowa et de l’Ohio le réclament : les agriculteurs de ces États sont en colère contre le prix du diesel en pleine saison des récoltes, à l’approche des élections de mi-mandat.
Pourquoi le Canada serait touché
Le marché canadien des carburants est fortement intégré à celui des États-Unis. « Le Canada exporte d’importants volumes de pétrole brut vers les raffineries américaines, tout en important du diesel et d’autres produits pétroliers raffinés dans certaines régions », explique Andrew DiCapua, économiste principal à la Chambre de commerce du Canada (CCC).
Le pays a une importante capacité de raffinage, précise-t-il, mais elle n’est pas toujours située ou configurée de façon à remplacer rapidement chaque baril importé. « À moins que le Canada ne soit exempté, une telle interdiction resserrerait l’offre dans certaines régions et ferait vraisemblablement augmenter les prix de gros du diesel », prévient l’économiste. Le prix de gros est celui que paient les distributeurs, avant les taxes et la marge du détaillant.
La cause de la flambée est connue. La guerre que mènent les États-Unis en Iran a provoqué la fermeture du détroit d’Ormuz, par où transitait avant les hostilités environ 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel. Le prix du baril a bondi, et celui du diesel a progressé encore plus vite ces dernières semaines, signe d’une offre tendue dans les raffineries.
Qui paierait
Le diesel fait rouler l’économie. « Le diesel est un intrant important pour le camionnage, l’agriculture, la construction et de nombreux autres secteurs. Une hausse soutenue des prix ferait donc augmenter les coûts de transport et pourrait accentuer les pressions inflationnistes », souligne Andrew DiCapua. Autrement dit, la facture finirait sur les tablettes de l’épicerie comme sur les chantiers.
À Washington, la mesure ne fait pas l’unanimité. Le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a mis en garde contre une interdiction qui aurait selon lui peu d’effet sur le prix du diesel et risquerait au contraire de faire augmenter ceux de l’essence et du kérosène.
Ottawa partage cette analyse. Le ministère des Ressources naturelles suit la situation de près, a indiqué la porte-parole du ministre, Charlotte Power. Elle rappelle que le gouvernement Carney a suspendu la taxe fédérale d’accise sur les carburants jusqu’à la fin de janvier 2027. « Le Canada produit actuellement une quantité de diesel égale ou supérieure à sa consommation, ce qui garantit la sécurité de notre marché intérieur », a-t-elle ajouté.
À surveiller
La décision de Donald Trump, et une éventuelle exemption pour le Canada. Pour les camionneurs et les agriculteurs, chaque semaine compte : la suspension de la taxe d’accise amortit le choc jusqu’en janvier, mais elle ne protège pas contre une hausse des prix de gros.


