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Des agrafes sous les crampons et 69 093 spectateurs : les Alouettes de Montréal fêtent leurs 80 ans

Trois Coupes Grey dans les années 1970, deux disparitions dans les années 1980, une renaissance au stade Percival-Molson : retour sur huit décennies d’un club qui a toujours fini par se relever.

3 min de lecture
Le stade Percival-Molson, à Montréal, domicile des Alouettes. Photo : Quintin Soloviev / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Le 27 novembre 1977, la meilleure décision de la saison des Alouettes ne vient ni du quart-arrière ni du bureau des entraîneurs. Elle vient du demi défensif Tony Proudfoot, qui aperçoit un travailleur muni d’une agrafeuse au Stade olympique.

Le terrain est une patinoire. Une tempête de neige a frappé Montréal, on a salé la surface, puis la température a chuté. Proudfoot a une idée : enfoncer des agrafes sous ses chaussures pour mordre dans la glace. Plusieurs coéquipiers l’imitent. Résultat, rapporte Radio-Canada Sports : une victoire de 41-6 contre les Eskimos d’Edmonton en finale de la Coupe Grey, devant plus de 68 000 personnes, malgré une grève des transports en commun.

L’Ice Bowl, comme on l’a surnommé, reste pour l’historien Jean-Patrice Martel, auteur de Raconte-moi les Alouettes, le plus grand moment de l’histoire du club. Le club fête cette saison ses 80 ans.

Une équipe pensée pour les francophones

L’homme d’affaires Léo Dandurand, l’entraîneur Lew Hayman et Eric Cradock fondent les Alouettes il y a huit décennies. Le nom rend hommage au 425e Escadron Alouette, premier escadron canadien-français de l’Aviation royale canadienne. La devise, Je te plumerai, est toujours sur l’uniforme.

L’objectif de Dandurand était d’attirer les francophones dans une ligue dominée par l’anglais, explique M. Martel. Trois ans après la fondation, en 1949, l’équipe remporte sa première Coupe Grey contre les Stampeders de Calgary.

La décennie dorée

Les années 1970 restent le sommet. En 1970, après une saison de sept victoires seulement, l’équipe dirigée par Sam Etcheverry crée la surprise et soulève la coupe. En tout, les Alouettes atteignent six fois la finale durant la décennie, et gagnent encore en 1974 et en 1977.

Le 6 septembre 1977, 69 093 personnes assistent à un simple match de saison contre Toronto au Stade olympique. C’est toujours le record de la LCF.

Pourquoi cette exigence? Wally Buono, joueur du club de 1972 à 1981, la résume ainsi : «À cette époque, on ne pouvait pas survivre à Montréal sans gagner.» Le Canadien, les Expos et le Manic occupaient l’espace; il fallait être bon pour exister.

Chute, puis renaissance

Le contraste est brutal. Rattrapé par ses difficultés financières, le club cesse ses activités en 1982. Les Concordes prennent le relais, les Alouettes renaissent en 1986, puis s’éteignent de nouveau en juin 1987, à la veille de la saison.

Il faut attendre 1996 et le déménagement des Stallions de Baltimore. Un concert de U2 force en 1997 le déplacement d’un match éliminatoire au stade Percival-Molson; l’équipe s’y installe pour de bon l’année suivante. De 1999 à 2010, elle y joue 100 matchs de suite à guichets fermés.

Sur le terrain, la mécanique est huilée. Anthony Calvillo, arrivé en 1998, devient le passeur le plus prolifique de l’histoire de la LCF. Autour de lui, Ben Cahoon, Mike Pringle et Scott Flory. Les Alouettes atteignent la finale huit fois entre 2000 et 2010 et gagnent trois fois, en 2002, 2009 et 2010.

La finale de 2009 illustre la qualité d’exécution de cette génération : un retard de 16 points à 10 minutes de la fin, effacé par une séquence offensive parfaite. Les Roughriders de la Saskatchewan sont alors pénalisés pour avoir eu trop de joueurs sur le terrain.

La stabilité retrouvée

Après le départ de Calvillo, en 2013, les séries échappent au club de 2015 à 2018. En 2019, puis en 2023, la LCF doit reprendre temporairement l’organisation. En mars 2023, Pierre Karl Péladeau l’achète; quelques mois plus tard, Montréal remporte sa première Coupe Grey en 13 ans.

Premiers dans l’Est en 2024, finalistes en 2025, les Alouettes demeurent parmi les meilleures équipes de la ligue. «J’aime croire qu’on est comme les irréductibles Gaulois», dit l’ancien secondeur Étienne Boulay.

La leçon tactique de 80 ans d’histoire tient en une ligne : quand le terrain glisse, il faut trouver ses agrafes. Le prochain ajustement à surveiller est celui de l’équipe de Danny Maciocia et Jason Maas à l’approche des séries.

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