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Économie

Déficit zéro un an plus tôt et 21 milliards de dépenses en plus : le pari fragile du cadre péquiste

Le Parti québécois promet l’équilibre budgétaire en 2028-2029 tout en ajoutant 21 milliards de dollars de dépenses sur cinq ans. Ses économies prévues reposent sur des hypothèses que des économistes jugent fragiles, dans une économie qui croît à peine.

Par Équipe économique de L’Authentique Presse 5 min de lecture
Un navire au terminal céréalier du port de Montréal. Les exportations québécoises vers les États-Unis ont reculé de 6,3 % en sept mois. Photo de 2025. Photo : Quintin Soloviev / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Vingt et un milliards de dollars de nouvelles dépenses sur cinq ans, et un retour à l’équilibre budgétaire dès 2028-2029. C’est la promesse financière du Parti québécois (PQ), qui forme désormais un gouvernement minoritaire. Pour le contribuable, l’équation se résume à une question : d’où viendra l’argent?

La cible péquiste devance d’un an celle du gouvernement sortant de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui visait 2029-2030, l’échéance prévue par la Loi sur l’équilibre budgétaire, a rappelé Radio-Canada dans une analyse publiée mercredi. Le PQ s’impose donc une rigueur plus grande que son prédécesseur, tout en promettant davantage. C’est là que le bât blesse.

Les chiffres clés

  • 21 milliards $ : nouvelles dépenses prévues par le PQ sur cinq ans
  • 8,9 milliards $ : économies espérées sur cinq ans en réduisant le Fonds de développement économique et les subventions aux entreprises
  • 6,3 milliards $ : économies attendues d’une réduction de la bureaucratie, sur cinq ans
  • 4,4 milliards $ : hausse des transferts fédéraux sur laquelle compte le PQ
  • 2,1 milliards $ : écart qui reste à combler pour atteindre les cibles budgétaires
  • 11,5 % : taux effectif des droits de douane américains sur les biens et services québécois
  • 0,3 % à 0,5 % : croissance du PIB prévue cette année au Québec

Comment en est-on arrivé là

Le cœur du plan péquiste tient en une idée que le chef, Paul St-Pierre Plamondon, a martelée en campagne : cesser ce qu’il appelait un « bar ouvert de subventions » aux entreprises privées sous la CAQ, a rapporté La Presse. Le PQ propose d’abolir le Fonds de développement économique (FDE), l’enveloppe dont se sert Québec pour financer directement des entreprises, et de baisser plutôt l’impôt des sociétés de 11,5 % à 9,5 %.

Sur papier, le virage va dans le bon sens : moins de chèques accordés à des entreprises choisies par l’État, un fardeau fiscal allégé pour toutes. Le PQ dit aussi vouloir réduire les impôts sur les revenus tirés de nouveaux marchés d’exportation, pour pousser les entreprises à moins dépendre des États-Unis.

Le problème est arithmétique. Le parti compte économiser 8,9 milliards de dollars sur cinq ans en coupant dans le FDE et les subventions. Or, le cadre budgétaire actuel ne prévoit que 1 milliard de dollars dans le FDE en 2026-2027, a souligné l’économiste Philippe Gougeon, ancien conseiller d’Eric Girard et de François Legault, cité par Radio-Canada. L’objectif sera donc difficile à atteindre.

Les autres économies ne sont guère plus solides. Les 6,3 milliards attendus de la réduction de la bureaucratie sont une estimation du parti. Les 4,4 milliards de transferts fédéraux supplémentaires dépendent de la bonne volonté d’Ottawa. Le PQ prévoit aussi réduire la provision pour éventualités, c’est-à-dire le coussin que le gouvernement garde en réserve pour les imprévus. Et il lui reste un trou de 2,1 milliards à boucher. L’économiste François Delorme, qui a étudié les cadres financiers des cinq principaux partis, jugeait déjà ces mesures d’économies fragiles pendant la campagne, selon Radio-Canada.

Une économie qui tourne au ralenti

Le contexte n’aide pas. Selon les économistes cités par Radio-Canada, le produit intérieur brut (PIB), soit la valeur de tout ce que l’économie produit, devrait progresser de 0,3 % à 0,5 % cette année au Québec. C’est particulièrement faible. La croissance pourrait atteindre 1 % l’an prochain.

La démographie pèse aussi. L’âge médian atteint 43 ans au Québec, contre à peine 40 ans en Ontario et 38 ans en Alberta. Le Québec et la Colombie-Britannique sont les seules provinces qui prévoient une contraction de leur population en 2027. Moins de travailleurs, c’est moins de revenus autonomes pour l’État. Le PQ prévoit en plus ralentir la hausse de l’immigration.

L’histoire offre des repères contrastés. C’est sous le gouvernement péquiste de Pauline Marois, de 2012 à 2014, que l’écart de croissance avec le reste du Canada a été le plus défavorable au Québec, avec une hausse du PIB nominal plus faible de 1,5 point de pourcentage. Mais la plus forte croissance des dernières décennies s’est aussi produite sous le PQ, de 1994 à 2003, avec une moyenne annuelle de 2,8 %, selon des données de la Banque Nationale rapportées par Radio-Canada.

Reste la guerre commerciale. Le Québec est la province la plus touchée par les droits de douane américains : leur taux effectif, qui tient compte de tous les tarifs appliqués, atteint 11,5 %, contre 8,5 % en Ontario et 1,5 % en Alberta. Au cours des sept premiers mois de 2026, les exportations québécoises vers les États-Unis ont reculé de 6,3 %, tandis que celles vers le reste du monde ont bondi de 15 %. Le premier ministre désigné prévoit nommer une équipe de négociateurs. Le PQ réclame aussi d’Ottawa des contre-tarifs plus ciblés plutôt que l’approche « dollar pour dollar », a rapporté La Presse.

Ce que ça change pour vous

À la pompe, d’abord. Paul St-Pierre Plamondon veut adopter rapidement une baisse de la taxe sur l’essence, promise à 7 cents le litre en campagne. Coût selon le cadre financier du PQ : 700 millions de dollars sur deux ans. Une bonne nouvelle pour les automobilistes, en particulier en région, où la voiture n’est pas un luxe.

Le PQ veut aussi détaxer les biens usagés. La mesure coûterait 150 millions de dollars cette année, environ 600 millions sur une année complète et près de 2 milliards sur cinq ans.

Pour ceux qui veulent bâtir, le parti promet un remboursement de la TVQ allant jusqu’à 45 000 $ à l’achat d’une propriété neuve ou en autoconstruction, selon La Presse. Il veut aussi simplifier le Code du bâtiment, harmoniser son application partout au Québec et assouplir les appels d’offres pour que plus de PME puissent soumissionner aux contrats publics. Moins de paperasse, plus de concurrence : deux leviers qui peuvent réduire la facture des infrastructures sans coûter un sou de plus.

D’autres promesses, en revanche, alourdissent la colonne des dépenses. Le ministère de l’Agriculture recevrait 1,5 % du budget de l’État d’ici 2034, plutôt que 0,9 %. Les régions toucheraient 10 % des redevances minières, soit environ 48 millions de dollars, selon La Presse.

À surveiller

Avec 59 députés, le PQ devra s’appuyer sur au moins un parti d’opposition pour faire adopter ses lois. Selon Radio-Canada, il trouvera chez les conservateurs des alliés pour réduire la taille de l’État et de la bureaucratie, et chez Québec solidaire des partenaires pour bonifier le filet social. Ces deux appuis tirent dans des directions opposées pour les finances publiques.

Le risque est connu : à Ottawa, le gouvernement libéral de Justin Trudeau a dû céder pendant des années aux demandes du Nouveau Parti démocratique pour rester au pouvoir, a rappelé Radio-Canada. Chaque concession de ce genre se paie en dépenses.

Premier test : la reprise des travaux parlementaires, prévue le 17 novembre. La rapidité avec laquelle la baisse de la taxe sur l’essence sera adoptée, et surtout la façon dont elle sera financée, dira si le cadre péquiste tient la route.

Équipe économique de L’Authentique Presse L’équipe économique décortique les chiffres de l’emploi, de l’inflation, des taux et des finances publiques, et les traduit en conséquences concrètes.
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