Cúram : une facture passée de 1,75 à 6,6 milliards et 32 893 demandes d’aînés en souffrance
Le système fédéral qui verse la pension de la Sécurité de la vieillesse coûtera près de quatre fois son prix initial, et des dizaines de milliers de demandes d’aînés dépassent toujours les délais, selon des documents déposés aux Communes.

Combien coûte le nouveau système informatique qui verse la pension de la Sécurité de la vieillesse? Beaucoup plus que prévu : Ottawa estime maintenant à 6,6 milliards de dollars, d’ici 2031, la facture d’un projet évalué à 1,75 milliard à son lancement, en 2017.
Et les aînés attendent encore. Selon des données d’Emploi et Développement social Canada rapportées par La Presse, 32 893 demandes n’étaient toujours pas traitées au 30 septembre, alors qu’elles avaient dépassé leur premier mois d’admissibilité.
Qu’est-ce que Cúram?
Le programme de modernisation du versement des prestations, appelé projet Cúram du nom du logiciel sur lequel il repose, doit remplacer les vieux systèmes informatiques de trois grands programmes fédéraux : la Sécurité de la vieillesse, l’assurance-emploi et le Régime de pensions du Canada.
Le volet de la Sécurité de la vieillesse fonctionne depuis mars 2025. Il verse chaque mois des prestations à 7,7 millions d’aînés, selon un document déposé à la Chambre des communes en réponse à une question au feuilleton du Bloc québécois, c’est-à-dire une question écrite à laquelle le gouvernement est tenu de répondre.
Combien de dossiers sont en retard?
Le nombre baisse, mais lentement. Au 30 juin, 41 089 dossiers étaient en suspens. Trois mois plus tard, il en reste 32 893. La cible d’Ottawa est de 10 000 dossiers au total.
Le cabinet de la ministre de l’Emploi et des Familles, Patty Hajdu, nuance ces chiffres. « Près de 67 % [des 32 893 demandes] nécessitent des informations ou des documents supplémentaires de la part du demandeur, ou font actuellement l’objet d’un recours ou d’une enquête », a écrit sa porte-parole, Jennifer Kozelj, dans un courriel à La Presse. Selon elle, le nombre de dossiers sur lesquels le ministère peut réellement agir s’élève à 10 932.
Les ratés ne sont pas de l’histoire ancienne. Le gouvernement reconnaît qu’un problème de système a entraîné, en juillet 2025, des paiements insuffisants aux curateurs publics et des corrections manuelles. En avril 2026, un autre problème a touché les demandes numérisées dans Cúram.
Combien ça coûte au contribuable?
C’est là que le dossier fait mal. La Presse retrace la montée des estimations : 1,75 milliard en 2017, 1,9 milliard en 2019, 2,2 milliards en 2021, 2,5 milliards en avril 2022, puis de 2,7 à 3,4 milliards en novembre 2022, selon un rapport de la vérificatrice générale. En juin 2025, une note préparée pour la ministre fixait le coût anticipé à 6,6 milliards, une hausse de 277 % par rapport à la première évaluation.
Fin septembre, environ 1,8 milliard avait déjà été dépensé. Et personne ne sait combien coûtera le système chaque année après 2031.
Ottawa met en avant une bonne nouvelle : pour le seul volet de la Sécurité de la vieillesse, il dit avoir déboursé 633 millions, soit 41 millions de moins que les 674 millions prévus. Un budget respecté, donc, à l’intérieur d’un projet dont la facture globale a presque quadruplé.
Et maintenant?
Des hauts fonctionnaires doivent témoigner ce lundi devant un comité de la Chambre des communes. Le Bloc québécois y voit la preuve qu’une enquête publique et indépendante s’impose. « On est en 2026, il y a encore des problèmes avec Cúram », a déploré sa porte-parole pour les aînés, Andréanne Larouche, qui veut connaître le plan d’action du gouvernement.
Ce qu’il faut retenir : un projet informatique fédéral coûtera près de quatre fois son prix de départ, et des milliers d’aînés attendent encore leur pension.

