Crimée : de jeunes Ukrainiens racontent leur formation pour devenir soldats russes
Classes de cadets dès la sixième année, ukrainien interdit à l’école : des jeunes ayant grandi en Crimée occupée témoignent. Ottawa a engagé près de 7 millions $ pour aider au retour des enfants enlevés.

Des classes de cadets dès la sixième année, des leçons de maniement d’armes et une langue maternelle bannie jusque dans la cour de récréation : de jeunes Ukrainiens qui ont grandi en Crimée occupée décrivent à CBC News une entreprise méthodique pour faire d’eux des soldats russes. Leur récit éclaire l’un des volets les plus graves de la guerre, celui des enfants.
Matvii Chos, 19 ans, redoutait d’être enrôlé dès sa majorité. « Si vous êtes un homme et que vous avez 18 ans, ils vous enrôlent presque immédiatement », a-t-il raconté. Pour échapper à la conscription, il s’est inscrit dans une université de Moscou, avant de fuir la Russie avec l’aide d’un organisme ukrainien sans but lucratif.
Selon lui, l’endoctrinement avait commencé bien avant. Des classes spéciales de cadets ont été créées en 2020, quand il était en sixième année : chargement d’armes, marche au pas, premiers soins. « Ce que fait la Russie, c’est occuper des territoires, kidnapper des enfants et les transformer en soldats russes », résume-t-il.
Une école réécrite après 2014
L’annexion de la Crimée par Moscou, en 2014, avait déjà bouleversé les classes. Daria Fursova, 23 ans, avait alors 11 ans. Les livres ukrainiens ont disparu des écoles, puis l’enseignement de l’ukrainien a cessé au profit de la langue et de l’histoire russes. Daria Tomashova, 18 ans, affirme qu’il était interdit de parler ukrainien ou tatar de Crimée, même pendant les récréations. Le tatar de Crimée est considéré par l’UNESCO comme une langue hautement menacée.
Daria Fursova a pu partir étudier à Kyiv en 2021, avant l’invasion à grande échelle. Plusieurs de ses anciens camarades de classe, eux, ont rejoint l’armée russe.
Des milliers d’enfants déplacés
Au-delà de la Crimée, les autorités ukrainiennes chiffrent à 20 000 le nombre d’enfants emmenés illégalement en Russie depuis février 2022. Environ 2650 seulement ont retrouvé leur famille. Certains ont témoigné de sévices, dont l’isolement dans des camps de rééducation; d’autres ont reçu une nouvelle identité et ont été placés dans des familles russes. Ces déportations valent à Vladimir Poutine, ainsi qu’à Maria Lvova-Belova, commissaire russe chargée des enfants, des poursuites devant la Cour pénale internationale.
À Toronto, le 29 septembre, 50 pays réunis à la conférence Voies vers la paix ont réclamé le retour immédiat et sans condition des enfants transférés de force en Russie.
Le rôle du Canada
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, tient Vladimir Poutine personnellement responsable. Ottawa a promis près de 7 millions $ aux organismes qui ramènent ces enfants chez eux et pour financer un soutien psychologique, a précisé la ministre, citée par Radio-Canada.
Parmi ces organismes figure Save Ukraine, qui a aidé Matvii Chos à fuir en lui fournissant abri, nourriture et papiers. Son fondateur, Mykola Kuleba, ancien commissaire ukrainien aux droits de l’enfant, salue le leadership canadien, mais presse le pas : « Nous devons comprendre que le temps presse pour ces enfants et que, chaque jour, nous perdons un enfant emmené de force par l’armée russe. »
Pour Kyiv comme pour Ottawa, chaque enfant qui n’est pas rentré reste une plaie ouverte, que tout règlement de cette guerre devra refermer.


