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Conseil national sur l’IA : Carney recrute Bengio et Vachon, un expert déplore de « grands absents »

Ottawa a dévoilé vendredi les treize membres d’un conseil chargé de guider sa stratégie en intelligence artificielle. Un professeur de l’UQAM salue l’idée, mais juge le groupe trop tourné vers l’industrie.

3 min de lecture
Yoshua Bengio, membre du nouveau Conseil national sur l’IA. Photo : Xuthoria / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Concrètement, à quoi servira ce nouveau conseil? À conseiller le premier ministre sur la meilleure façon de déployer l’intelligence artificielle (IA) au pays : accélérer son adoption par les entreprises, soutenir des champions canadiens et bâtir une infrastructure technologique souveraine, c’est-à-dire des outils et des capacités de calcul sous contrôle canadien.

Le gouvernement de Mark Carney a annoncé vendredi la création du Conseil national sur l’intelligence artificielle, qui travaillera avec son cabinet. « Le nouveau Conseil national sur l’IA informera et conseillera le gouvernement sur la manière la plus efficace de déployer l’IA au Canada », a déclaré M. Carney dans un communiqué cité par La Presse. Le conseil devra aussi suggérer des façons de rendre l’IA plus sûre et de protéger la démocratie, selon Radio-Canada.

Qui siège?

Treize personnes issues des affaires et de la recherche. La plus connue est Yoshua Bengio, professeur à l’Université de Montréal et fondateur de Mila, considéré comme l’un des pères fondateurs de l’IA. En septembre, il avait dit à l’AFP craindre une IA « hors de contrôle » et réclamé des « garde-fous ».

Autour de lui : la PDG de Mila, Valérie Pisano; l’ex-PDG de la Banque Nationale, Louis Vachon; le PDG de l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada, John Graham, dont la société d’État gère 793,3 milliards de dollars d’actifs; et Patrick Pichette, passé par la haute direction de Bell, de Google et de Bombardier, nommé début septembre PDG de Transformation numérique.

Le capital de risque, ce financement des jeunes pousses en échange d’une part de leur capital, est représenté par Jordan Jacobs, de Radical Ventures. Michelle Zatlyn, cofondatrice de Cloudflare, Sanja Fidler, vice-présidente de la recherche en IA chez Nvidia, et Eric Lamarre, de McKinsey, complètent notamment la liste.

« Nous avons une occasion unique de façonner une IA sécuritaire, de faire émerger des champions nationaux et de mettre ces grandes avancées au profit d’un monde meilleur pour les citoyens canadiens », a écrit Mme Pisano à Radio-Canada.

Un conseil d’industrie?

Frédérick Plamondon, professeur au département de management de l’UQAM, salue le principe. « Ça prend un comité conseil pour informer correctement les élus. Ça, il n'y a pas de doute », a-t-il dit à Radio-Canada. Mais il résume ainsi l’annonce : « C'est un bon plan, mais il y a beaucoup de grands absents. »

Il relève l’absence des arts et de la culture, des représentants des travailleurs et d’experts indépendants en éthique, en éducation et en environnement. « C'est vraiment un conseil qui est tourné vers l'industrie de l'intelligence artificielle et qui vise clairement des résultats économiques, d'abord et avant tout », observe-t-il.

Le professeur dit comprendre la logique, même s’il ne la partage pas. Vu sous un autre angle, c’est justement ce que promet la stratégie fédérale : de la croissance et des emplois.

Des cibles ambitieuses

Le conseil découle de la stratégie « L’IA pour tous », dévoilée en juin. Ce plan quinquennal vise une croissance économique de 200 milliards de dollars et la création de 250 000 emplois dans le domaine sur cinq ans. Il veut aussi faire passer de 12 % à 60 % le taux d’adoption de l’IA par les entreprises canadiennes d’ici 2034.

Le Canada multiplie par ailleurs les alliances pour réduire sa dépendance aux États-Unis : un accord avec l’Allemagne a été conclu le 16 septembre, et Mark Carney a évoqué avec Emmanuel Macron, le 20 septembre, la nécessité d’un « accès sécurisé à l’intelligence artificielle », rappelle La Presse.

Reste la vraie question. Un conseil formé surtout de gens d’affaires et d’investisseurs saura-t-il transformer ces cibles en entreprises qui grandissent ici, ou deviendra-t-il, comme le craint le professeur Plamondon, une belle tribune d’influence pour initiés?

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