Commissions coupées d’un tiers : Air Canada promet un nouveau programme aux agences de voyages
Le transporteur avait réduit en juillet la rémunération des agents, invoquant la flambée du carburant. Devant une salle mécontente à Montréal, un dirigeant a annoncé un programme pour l’an prochain, sans en préciser les contours.

Près de cinq décennies dans le métier, et une phrase qui résume l’humeur de toute une industrie : « On doit vivre, nous aussi. » Michel Wong Kee Song, professionnel du voyage, l’a confiée à La Presse après avoir interpellé Air Canada en public cette semaine, à Montréal.
En face de lui, le transporteur a fini par lâcher du lest. Pas encore d’argent, mais une promesse.
Ce qui s’est passé
Depuis le 1er juillet, Air Canada verse des commissions réduites aux agences de voyages. La compagnie a invoqué la flambée du prix du carburant d’aviation, provoquée par la guerre en Iran.
Ces commissions sont au cœur du modèle d’affaires des agences. C’est la rémunération qu’elles touchent d’une compagnie aérienne lorsqu’elles vendent un billet pour son compte. Elles représentent généralement de 8 à 10 % du prix de base d’une réservation, soit le tarif avant les surcharges et les taxes. Selon les informations de La Presse, Air Canada les a réduites d’environ le tiers. La perte a été en partie compensée par la hausse des tarifs de base, elle-même liée au prix du carburant.
Pour les agences, l’enjeu est réel : selon l’industrie, près de la moitié des billets et forfaits vendus par Air Canada au pays passent par les agences.
Le ton monte, la compagnie recule
Le dossier a rattrapé le transporteur lors d’un événement organisé par Lufthansa, partenaire d’Air Canada au sein de Star Alliance, au centre-ville de Montréal. La période de questions qui a suivi une table ronde a pris l’allure d’un front commun.
Michel Wong Kee Song a reproché à la compagnie de traiter les agents comme des « représentants aux ventes » plutôt que comme des « partenaires » qui offrent un service professionnel aux voyageurs. « C’est inacceptable », a-t-il lancé.
Le directeur des ventes du réseau mondial aux entreprises d’Air Canada, Robert Trudeau, a voulu calmer le jeu. « Nous n’avons pas fait cela [la baisse des commissions] pour ne pas vous payer », a-t-il répondu, selon La Presse. « Nous travaillons actuellement sur un nouveau programme visant à faire en sorte que ce genre de situation ne se reproduise plus. »
Le programme devrait voir le jour dès l’an prochain, a-t-il précisé.
Encore beaucoup de flou
Le sujet n’avait pas été abordé pendant la portion officielle de la table ronde. Air Canada n’a pas donné plus de détails à La Presse. Et l’Association des agents de voyages du Québec n’a rien reçu, confirme son président, Moscou Côté.
Le contexte, lui, ne s’allège pas. Selon l’indice Platts de S&P Global, cité par La Presse, le gallon de kérosène se négocie à 4,35 $ US, en hausse de 80 % depuis le 27 février, veille du début du conflit au Moyen-Orient. Son prix a plus que doublé depuis le début de l’année. Le carburant compte parmi les principales dépenses d’un transporteur.
« Nous avons nos frais fixes à payer », rappelle Michel Wong Kee Song. Il accueille néanmoins le geste avec prudence. « Ce n’est pas trop peu trop tard comme approche du transporteur. C’est positif à voir », dit-il.
Reste maintenant à passer de la parole aux actes, et à savoir combien vaudra, concrètement, cette promesse pour les milliers de professionnels qui vendent des billets d’avion d’un océan à l’autre.


