Cinq suicides de médecins regroupés sous une seule coroner, sans enquête publique pour l'instant
Le coroner en chef du Québec n'ouvre pas, pour l'instant, d'enquête publique sur les suicides de cinq médecins survenus en 2026. Il confie les dossiers à la coroner Géhane Kamel, qui pourra formuler des recommandations si des causes communes apparaissent.

Cinq médecins québécois sont morts par suicide entre mars et août 2026, dans plusieurs régions de la province. Derrière ces décès, il y a des familles, des collègues et des patients qui ont perdu un soignant. Depuis mercredi, une question demeure : faut-il une enquête publique pour comprendre ce qui a pu peser sur eux? Pour l'instant, la réponse est non.
En septembre, une lettre signée par quelque 1 500 médecins réclamait une enquête publique thématique. Envoyée au coroner en chef le 18 septembre, elle voulait savoir si le milieu de travail, son organisation ou d'autres facteurs de système avaient pu contribuer à ces décès.
Le coroner en chef du Québec, Me Reno Bernier, ne lancera donc pas, pour le moment, une telle enquête. Dans son communiqué, il annonce que les investigations en cours sur les cinq décès seront regroupées et confiées à la coroner Géhane Kamel. Le texte du communiqué, repris par Radio-Canada, précise que le Bureau du coroner y voit une façon de repérer, s'il y a lieu, des « facteurs contributifs communs ».
Le coroner ne ferme pas la porte. Une enquête publique pourrait être réévaluée si la démarche actuelle échoue à éclairer les causes des décès ou à produire des recommandations pour prévenir des drames semblables. Les conclusions seront consultables une fois les rapports rendus publics.
Le Bureau du coroner rappelle l'expérience de Mme Kamel : elle a présidé l'enquête publique sur les décès dans les CHSLD pendant la première vague de COVID-19, ainsi que celle sur la mort de Joyce Echaquan en 2020. Selon le bureau, elle a aussi su composer avec les proches des défunts et les multiples acteurs du système, dans le réseau de la santé en particulier.
La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec se dit « contente » de la réponse, a rapporté La Presse. Son conseiller stratégique, Stéphane Gosselin, ajoute que la fédération ne commentera pas davantage, pour ne pas gêner le travail de la coroner. De son côté, la Fédération des médecins spécialistes du Québec salue « la décision » et dit avoir confiance dans la rigueur que Mme Kamel apportera à l'examen.
Le Collège des médecins a fait de la détresse psychologique de ses membres une de ses priorités. Son président, Mauril Gaudreault, écrivait à la fin septembre que les négociations avec le gouvernement sur le projet de loi 2, la lourdeur de la charge de travail et la confrontation quotidienne à la souffrance humaine pouvaient avoir contribué à la détresse des cinq médecins. Il s'agit d'une hypothèse, non établie à ce stade.
Le sondage national de l'Association médicale canadienne sur la santé des médecins, réalisé en 2025, indique que 34 % des médecins ou des résidents en médecine ont eu des pensées suicidaires à un moment de leur vie. Ce chiffre décrit une réalité répandue; il ne dit rien des causes des cinq décès étudiés.
Aucune échéance n'a été annoncée pour les travaux de Mme Kamel.
Si vous traversez une période difficile ou si vous pensez au suicide, vous pouvez composer le 1 866 APPELLE ou consulter suicide.ca. Les médecins peuvent aussi se tourner vers le Programme d'aide aux médecins du Québec.


