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Économie

Cinq cadres financiers, une même promesse de déficit zéro : qui paiera la note?

Les cinq grands partis promettent tous d’éliminer le déficit d’ici 2030. Pour y arriver, certains réduisent la taille de l’État, d’autres comptent sur l’argent d’Ottawa ou sur de nouveaux impôts.

Par Équipe économique de L’Authentique Presse 4 min de lecture
L’hôtel du Parlement, à Québec. Photo : Wilfredor / Wikimedia Commons (CC0)

Les cinq principaux partis qui sollicitent votre vote lundi promettent tous de rétablir l’équilibre budgétaire, c’est-à-dire un budget où l’État ne dépense pas plus qu’il n’encaisse, au plus tard en 2029-2030. Leurs cadres financiers, ces documents où chaque formation chiffre ses promesses et explique comment elle les paiera, divergent toutefois sur l’essentiel : qui assumera la facture.

Le Parti québécois promet d’y arriver le plus vite, dès 2028-2029. Le Parti conservateur est celui qui coupe le plus, avec 47 milliards de compressions en cinq ans. Québec solidaire est le seul à miser d’abord sur de nouveaux impôts. Entre les deux, la Coalition avenir Québec et le Parti libéral visent 2029-2030 en comptant, en partie, sur des transferts fédéraux qu’Ottawa n’a pas encore accordés.

Les chiffres clés

  • PQ : 6,5 milliards de promesses, financées par 6,6 milliards d’économies; équilibre en 2028-2029
  • PLQ : 11,9 milliards de promesses et près de 12 000 postes en moins dans la fonction publique; équilibre en 2029-2030
  • CAQ : plus de 9 milliards d’engagements, service de la dette compris; équilibre en 2029-2030
  • PCQ : 47 milliards de compressions sur cinq ans, dont 20 000 postes de fonctionnaires; équilibre en quatre ans
  • QS : environ 10,5 milliards de promesses sur quatre ans, financées surtout par un impôt sur les grandes fortunes; équilibre en 2029-2030

Comment en est-on arrivé là

Le point de départ est le même pour tous. Dans son rapport préélectoral, la vérificatrice générale du Québec a établi que des « efforts budgétaires estimés au moins à 2 milliards en 2027-2028 et à 3 milliards en 2028-2029 » seront nécessaires pour équilibrer le budget, sans que le ministère des Finances les ait ciblés. Autrement dit, le prochain gouvernement hérite d’un trou qu’il devra combler, quoi qu’il promette.

Le Parti québécois propose une « lutte à la bureaucratie ». Il réduirait de 2,5 %, de façon permanente, la masse salariale du secteur public et parapublic, ce qui dégagerait 1 milliard en 2027-2028, puis 1,6 milliard par année jusqu’en 2030-2031. L’abolition de Santé Québec ajouterait 340 millions d’économies en cinq ans. Le parti ne fixe pas de cible de postes, mais il évoque en coulisses l’équivalent de 16 000 postes à temps complet, selon La Presse. Son cadre laisse toutefois un trou de 1,85 milliard à résorber en 2028-2029. « Nous, on pense que d’ici trois ans, on va avoir le temps de trouver des solutions », a expliqué l’ex-ministre des Finances Nicolas Marceau, qui l’a présenté.

Le Parti libéral de Charles Milliard limiterait la hausse des dépenses à 2,4 % par année en moyenne, et à 1,2 % de 2028 à 2030 hors santé et éducation, tout en supprimant près de 12 000 postes à temps complet en cinq ans. La CAQ de Christine Fréchette, elle, ne baisserait pas les impôts avant l’équilibre et réduirait sa provision pour éventualité, ce coussin réservé aux coups durs.

Les deux partis misent aussi sur la croissance des revenus. La CAQ table sur une hausse annuelle moyenne de 3,5 %, supérieure à celle des dépenses, fixée à 2,6 %, et compte tirer 500 millions de plus des sociétés d’État sur cinq ans. Le PLQ prévoit lui aussi des revenus en hausse de 3,5 % par année, notamment grâce à l’encadrement du jeu en ligne illégal, à la lutte contre l’évasion fiscale et à une contribution accrue des sociétés d’État.

Le Parti conservateur va le plus loin : 47 milliards de compressions, soit « un peu plus de 5 % des dépenses », selon Éric Duhaime, qui vise « principalement l’élimination des subventions aux entreprises et la réduction de 20 000 postes de fonctionnaires ». À l’autre bout du spectre, Québec solidaire imposerait de 1 % les fortunes de 25 millions et plus, et de 2 % celles de plus de 100 millions, pour récolter 5 milliards, selon ses calculs. Sa porte-parole Ruba Ghazal dit prendre un chemin différent de ses quatre rivaux, qui promettent tous de réduire la taille de l’État.

Ce que ça change pour vous

Pour le contribuable, la première différence tient à l’impôt. Seul le PCQ promet une baisse générale et immédiate, en haussant le montant de revenu non imposé de 18 952 $ à 35 242 $ d’ici 2030. La CAQ la reporte après le retour à l’équilibre. Le PLQ n’en prévoit pas : Sa candidate Julie White a expliqué au magazine Protégez-Vous que le parti n’en a pas prévu « parce qu’on constate qu’on n’a pas les moyens de le faire actuellement ». QS hausserait l’impôt de ceux qui gagnent plus de 113 000 $ par année et le réduirait légèrement pour les autres, selon son candidat Alexandre Boulerice.

La deuxième différence tient aux services. Le PQ et le PLQ promettent de protéger la santé, l’éducation et la culture. Le PQ ne chiffre toutefois pas la croissance des dépenses dans ces secteurs. « On n’était pas en mesure de le faire », a reconnu M. Marceau. Son cadre prévoit même deux années de vaches maigres, avec une hausse des dépenses limitée à 1 % en 2028-2029 et en 2029-2030.

La troisième différence, la plus fragile, tient à Ottawa. La CAQ attend plus de 4,3 milliards de transferts fédéraux sur cinq ans, et le PQ, 4,4 milliards. Ni l’un ni l’autre n’a d’entente signée. Si cet argent n’arrive pas, il faudra couper davantage, taxer davantage ou repousser l’équilibre.

À surveiller

Le premier budget du prochain gouvernement dira quelles promesses survivent à la réalité. D’ici là, deux rendez-vous compteront : le budget fédéral de l’automne, qui confirmera ou non les transferts escomptés, et la mise à jour des finances publiques, qui révélera l’ampleur réelle du trou à combler.

Équipe économique de L’Authentique Presse L’équipe économique décortique les chiffres de l’emploi, de l’inflation, des taux et des finances publiques, et les traduit en conséquences concrètes.
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