Centres de données : Hydro-Québec veut presque doubler leur tarif pour ne plus faire payer les autres clients
La société d’État demande à la Régie de l’énergie un tarif moyen de 13 cents le kilowattheure pour les centres de plus de cinq mégawatts, contre 6,82 cents aujourd’hui. Google s’y oppose.

Hydro-Québec ne veut plus vendre son électricité au rabais aux centres de données. Devant la Régie de l’énergie, l’organisme qui approuve les tarifs d’électricité au Québec, la société d’État a demandé jeudi un nouveau tarif qui ferait passer le prix payé par les plus gros centres de données de 6,82 cents à 13 cents le kilowattheure en moyenne, rapporte La Presse.
Ce que c’est
Un centre de données est un bâtiment rempli de serveurs informatiques qui stockent des données et font tourner des services en ligne, dont l’intelligence artificielle. Ces installations consomment énormément d’électricité. Le tarif proposé viserait ceux qui nécessitent une capacité de plus de cinq mégawatts.
Ces centres consomment actuellement 190 mégawatts en période de pointe, selon Hydro-Québec, et pourraient atteindre 1000 mégawatts d’ici 2035.
Pourquoi c’est important
Pour Hydro-Québec, c’est une question d’équité. Le coût moyen de son énergie est d’environ 12 cents le kilowattheure, et il augmente. Vendre aux centres de données sous ce prix revient à faire payer la différence aux autres clients. « Je pense que je ne vais surprendre personne en disant que le contexte a profondément changé et que la période des surplus énergétiques est désormais derrière nous », a résumé Sarah Trabelsi, cheffe des coûts et de la tarification chez Hydro-Québec.
La société d’État assure ne pas vouloir freiner le secteur. « Ce n’est clairement pas un moratoire, ce n’est clairement pas un frein pour cette croissance », a affirmé Mme Trabelsi.
Qui s’y oppose
Google a demandé à la Régie de rejeter la proposition et de permettre aux centres existants de garder leur tarif actuel jusqu’à un examen approfondi de leurs coûts. L’avocate de la Coalition des centres de données, Marie-Pierre Boudreau, a rappelé qu’Hydro-Québec avait elle-même fait campagne en 2017 pour attirer ces entreprises, avec des rabais sur les tarifs industriels. « On était dans un contexte tout autre », a répondu Mme Trabelsi, évoquant l’époque des surplus.
Les questions non résolues
Les coûts énergétiques des centres de données au Québec sont bien inférieurs à ceux de la plupart des autres juridictions, souligne l’analyste en énergie Jean-François Blain. Le nouveau tarif rapprocherait le Québec des autres marchés, ce qui pourrait peser sur l’approbation de futurs projets. « D’un point de vue de développement économique, notre gouvernement serait-il d’accord de mettre tous ses œufs dans le même panier, et de ne plus disposer des dizaines ou centaines de mégawatts offerts [aux centres de données] pour d’autres développements économiques d’autres secteurs? », s’est-il interrogé.
La Régie devra aussi juger s’il est équitable de créer un tarif sur mesure pour un seul secteur. La première partie de l’audience se poursuit jusqu’au 9 octobre, et une seconde est prévue en décembre. Des représentants de Google et une coalition de groupes environnementaux doivent questionner les experts d’Hydro-Québec la semaine prochaine.
Une chose est sûre : l’époque où le Québec attirait les géants du numérique avec de l’électricité bon marché tire à sa fin. Reste à savoir à quel prix ils resteront.


