Centres de données : 2500 mégawatts frappent à la porte d’Hydro-Québec. Produisons au lieu de trier
Des géants du numérique sont prêts à payer le double du tarif de la grande industrie pour notre électricité. Le Québec devrait encaisser, et surtout se remettre à bâtir.

Dans nos régions, on sait ce que ça prend pour bâtir une centrale : des années de chantier, du béton, de l’acier, et des familles qui en vivent. On sait aussi ce que ça rapporte quand la production est vendue. Alors quand j’entends qu’on se demande à qui on daignera vendre notre électricité, je me gratte la tête.
Les faits d’abord. Selon Hydro-Québec, des centres de données attendent une réponse pour une demande totalisant 2500 mégawatts, rapporte La Presse. C’est presque deux fois ce que produit une centrale comme La Romaine, avec ses 1500 mégawatts. C’est l’équivalent de la consommation de 2 millions de maisons.
Ces clients-là ne demandent pas la charité. Hydro-Québec leur offre un nouveau tarif de 13 cents le kilowattheure, soit le double de ce que paie la grande industrie. Il y a des clients qui font la file pour payer le gros prix. Dans n’importe quel commerce de la Beauce ou du Saguenay, on appellerait ça une bonne nouvelle.
Le payeur, c’est celui qui consomme
Je ne suis pas naïf. Aux États-Unis, où l’on compte plus de 3960 centres de données en activité et un millier d’autres en préparation selon la firme Electric Choice, ces mastodontes consommaient déjà 5 % de toute l’électricité du pays en 2024. Selon Bloomberg, la facture d’électricité a doublé en cinq ans dans les États qui en accueillent le plus.
C’est précisément pour ça que le tarif de 13 cents est le bon réflexe. Celui qui fait grimper la demande paie ce que coûte la nouvelle production, pas la famille de Rimouski avec sa plinthe électrique. Google conteste ce tarif devant la Régie de l’énergie cette semaine, en plaidant que les centres de données ne sont pas seuls responsables de la hausse de la demande. Qu’il plaide. Mais qu’on ne lâche pas : un client qui veut l’électricité doit en payer le vrai coût.
Le vrai problème : on ne produit plus assez
Le fond de l’affaire, ce n’est pas le prix. C’est qu’on n’a pas assez d’électricité à vendre. La sécheresse réduit la capacité de production d’Hydro-Québec, c’est un fait. Mais la réponse à une pénurie, ce n’est pas le rationnement. C’est la production.
Regardez ce que font les autres. L’Alberta offre son gaz pas cher, et Meta s’y installera dans un mégacentre de données alimenté par une centrale au gaz construite exprès. La Colombie-Britannique a mis son électricité renouvelable aux enchères. Microsoft, aux États-Unis, a carrément ressuscité un réacteur de Three Mile Island en s’entendant avec son propriétaire pour en acheter la production. Google, lui, envisage des centres de données dans l’espace, là où personne ne viendra manifester.
Pendant ce temps, chez nous, certains se réjouissent qu’une pénurie nous laisse le loisir de choisir à qui vendre. Choisir qui? Selon quels critères, fixés par quel comité? Quand l’État se met à trier les clients au lieu d’augmenter l’offre, ce sont les investissements qui vont ailleurs, et les emplois avec.
Ce qu’on attend
Que le tarif de 13 cents soit maintenu. Que chaque mégawatt vendu à ces clients serve à financer de nouvelles capacités, et que l’on ouvre la porte à ceux, publics ou privés, qui veulent produire et vendre de l’électricité au Québec. Il y a 2500 mégawatts de demande qui attendent. C’est une occasion de création de richesse comme on en voit rarement.
Aux donneurs de leçons qui veulent trier les clients à la porte : pendant que vous faites la liste des bons et des méchants, l’Alberta signe les contrats.
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