Canadiens arrêtés aux États-Unis : 577 cas en un an contre 361, malgré une chute de 25 % des voyages
Ottawa dénombre 577 Canadiens arrêtés ou détenus chez le voisin américain pour l'exercice 2025-2026, contre 361 l'année précédente, alors que les voyages vers le sud ont chuté d'un quart. Un avocat de Blaine affirme que des détenteurs de carte verte sont visés.

Le nombre de Canadiens arrêtés ou retenus par les autorités américaines a bondi de 60 % en un an, au moment même où les voyages vers le sud reculent d'un quart. Affaires mondiales Canada, le ministère fédéral qui vient en aide aux citoyens en difficulté à l'étranger, en dénombre 577 pour l'exercice d'avril 2025 à mars 2026, dans le bilan annuel de ses données consulaires rendu public jeudi. L'exercice précédent en comptait 361.
Le contraste est net. Les voyages de Canadiens chez le voisin sont tombés de 26,8 millions à 20 millions, une chute de 25 %. Moins de voyageurs, donc, et pourtant plus de dossiers d'arrestation. Le rapport ne donne aucune raison à cette progression.
Le phénomène dépasse les États-Unis. Dans l'ensemble du monde, le ministère a compté 1 981 Canadiens arrêtés ou détenus, environ un cinquième de plus que l'année d'avant et 43 % de plus qu'il y a deux ans. En Thaïlande, le nombre de cas a triplé, sans explication non plus.
Pour les travailleurs canadiens établis aux États-Unis, le signal est inquiétant. Len Saunders, avocat en immigration établi à Blaine (Washington), au sud de Vancouver, affirme que sa clientèle est surtout canadienne. « De nombreux Canadiens sont pris dans ce filet », a-t-il commenté, rapporte Le Soleil. Les personnes visées ne sont pas des touristes : il parle de « gens comme moi, qui vivent ici, qui travaillent ici et qui possèdent une carte verte », c'est-à-dire le titre de résident permanent américain. Plusieurs ont un conjoint ou des enfants américains, d'autres touchent une pension américaine, précise Radio-Canada. Certains croyaient leur situation en règle jusqu'à la visite d'agents de l'ICE, la police fédérale américaine chargée de l'immigration. D'autres ont été interpellés au retour d'une excursion d'un jour vers Vancouver ou vers Windsor, en Ontario.
Ce qui les expose, d'après l'avocat : de vieilles condamnations, parfois datant de plusieurs décennies (agression, drogue, alcool au volant), qui peuvent mener à un renvoi par procédure accélérée, ou encore un visa temporaire dépassé depuis longtemps. « Par le passé, les services d’immigration fermaient les yeux sur bon nombre de ces personnes, à moins que leur cas ne retienne vraiment leur attention », a dit M. Saunders. Il dit avoir reçu, en deux semaines, l'appel d'une demi-douzaine de Canadiens menacés d'expulsion parce qu'ils ont voté à des scrutins antérieurs. Ce sont ses propres dossiers : ils n'expliquent pas la hausse mesurée par le ministère. Il conseille désormais à ses clients de vérifier leur dossier criminel et migratoire avant de demander la citoyenneté américaine. Quiconque se trouve dans une situation semblable devrait consulter un avocat en immigration.
Sur les causes, l'avocat avance que l'administration Trump serait passée des rafles contre les travailleurs sans papiers à bas salaire à l'exploitation des fichiers d'électeurs et d'autres bases de données, alors que le ministère américain de la Sécurité intérieure dispose de plus d'argent. Il s'agit d'un soupçon, que le rapport fédéral ne confirme pas.
Reste la facture pour Ottawa, donc pour les contribuables. Le ministère a traité 7 436 dossiers consulaires en 2025-2026, soit 7 % de plus qu'il y a deux ans, de l'accident de la route à l'enlèvement d'enfant. Il prévient depuis quelques années que les guerres et les catastrophes naturelles, plus fréquentes, alourdissent ces dossiers et en gonflent le prix. À Cuba, la crise énergétique a forcé Ottawa à s'entendre avec les transporteurs aériens pour ramener 28 000 personnes au pays. Le rapport ne chiffre pas, en dollars, le coût des cas américains. Les inscriptions volontaires de voyageurs auprès du ministère ont grimpé de 27 %, à 574 338, ce qui permet au ministère d'envoyer des avis de sécurité aux voyageurs et d'organiser des évacuations.
Ce que Washington fera ensuite reste inconnu. Le rapport n'explique pas la hausse, et la lecture de l'avocat demeure une hypothèse.


