Budget 2027 : la France vise un déficit de 5 % avec 17 milliards d’euros de hausses d’impôts
Avec une dette à 119 % du PIB et un taux d’emprunt à dix ans inédit depuis 2002, Paris annonce un effort de 54 milliards d’euros. Les vraies baisses de dépenses n’en représentent que 25 milliards, selon le Haut Conseil des finances publiques.

La France a présenté jeudi un budget qui demande un effort de 54 milliards d’euros à ses contribuables, à ses retraités et à ses ministères, afin de ramener son déficit public à 5 % du PIB en 2027, contre 5,4 % cette année. Vu du Québec, le chiffre qui frappe n’est pourtant pas celui de l’effort, mais celui de la dette : 119 % du produit intérieur brut au deuxième trimestre, selon Le Figaro.
Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a présenté le projet de loi de finances aux côtés de David Amiel (Comptes publics), de Stéphanie Rist (Santé) et de Jean-Pierre Farandou (Travail). « C’est un effort important », qui demande « une mobilisation collective », a-t-il reconnu.
Une dette qui coûte de plus en plus cher
Les marchés ne laissent guère de répit à Paris. Jeudi matin, le taux d’emprunt de l’État français à dix ans a atteint 4,96 %, un niveau jamais vu depuis 2002, a rapporté Le Figaro. En 2020, ce même titre s’échangeait encore à des taux négatifs.
Le gouvernement prévoit que la dette grimpera à 121,7 % du PIB en 2027, soit 3 814 milliards d’euros. Les intérêts atteindraient 91,2 milliards d’euros, selon Bercy, le ministère de l’Économie, avant de dépasser les 100 milliards d’ici 2030. C’est plus que le budget de la Défense. Ces montants risquent « d’étouffer notre économie et les capacités d’action de l’État », a averti M. Lescure.
Moins d’économies qu’annoncé
Le chiffre de 54 milliards mérite d’être décortiqué. Il additionne 43 milliards de « mesures de redressement » nouvelles et 11 milliards liés à la montée en charge de mesures déjà adoptées.
Le Haut Conseil des finances publiques, un organe rattaché à la Cour des comptes, va plus loin. Selon son analyse, rapportée par Le Figaro, les baisses de dépenses au sens strict ne représentent que 25 milliards d’euros de l’effort total. Le budget prévoit par ailleurs 17 milliards d’euros de hausses d’impôts, qui touchent notamment la fiscalité locale, les autoroutes et les retraites.
Le poids des dépenses publiques, lui, recule à peine : de 57,1 % à 56,9 % du PIB.
Retraités et ministères au régime
Pour les retraités, la facture est concrète. Seules les pensions de 1 260 euros ou moins seront indexées à l’inflation au 1er janvier, une mesure qui doit rapporter 5,5 milliards d’euros. Les années précédentes, toutes les retraites de base avaient été revalorisées.
Dans les ministères, « le gel est la règle, l’augmentation est l’exception », a résumé David Amiel. L’Éducation nationale, la Recherche, la Défense, la Justice et l’Intérieur figurent parmi les exceptions. Le budget de la Sécurité sociale vise quant à lui à ramener son déficit à 12,7 milliards d’euros, contre 21,8 milliards en 2026.
Trop dur ou trop timide?
Les critiques viennent des deux côtés. Des représentants de la classe politique, des syndicats et du patronat ont qualifié le budget d’« inacceptable » ou de « provocateur », selon Le Figaro.
D’autres le jugent au contraire bien trop prudent. « On ne peut pas continuer avec un déficit à 5 points de PIB », a tranché l’économiste Christian Saint-Étienne dans Valeurs actuelles. Il prédit une intervention du Fonds monétaire international et de la Commission européenne d’ici 2027. Il propose plutôt de plafonner à 1 % la hausse de toutes les prestations, de passer de 35 à 37 heures de travail payées et de supprimer 50 000 emplois sur les 6 millions d’emplois de fonctionnaires.
Et ici?
La France s’est dotée d’un arbitre indépendant qui relit les chiffres du gouvernement et n’hésite pas à les dégonfler. Le Canada en a un aussi. Cette semaine, la directrice parlementaire du budget a estimé que le TGV Toronto-Québec coûterait de 75 à 113 milliards de dollars, une fourchette plus élevée que celle d’Ottawa, qui prévoit de 60 à 90 milliards.
La leçon française tient en peu de mots : une fois la dette installée au-delà de la taille de l’économie, ce sont les intérêts, bien plus que les priorités politiques, qui finissent par dicter la marge de manœuvre d’un État.


