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Faits divers

Bibliothèque Donalda-Charron : Gatineau poursuit ses constructeurs pour 1,6 million de dollars

Inaugurée en 2020 dans le secteur du Plateau, la bibliothèque accumule les défectuosités, au point que la Ville a choisi les tribunaux. L’entrepreneur rejette toute responsabilité et réclame à son tour de l’argent à la municipalité.

3 min de lecture
La salle Jean-Despréz, aménagée pour une séance du conseil municipal de Gatineau. Photo de 2024. Photo : Fulserish / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

La Ville de Gatineau réclame 1 643 644,58 $ en dommages à l’entrepreneur général Construction J. Raymond et aux firmes Atelier Tag, Neuf Architectes et CIMA+, qu’elle tient responsables de vices de conception et de construction à la bibliothèque Donalda-Charron, ont rapporté lundi Le Droit et Radio-Canada.

Le bâtiment, situé dans le secteur du Plateau, a ouvert ses portes en 2020. Dans les documents judiciaires cités par les deux médias, la Ville allègue que les problèmes sont liés à une conception déficiente et mal adaptée. Ces allégations n’ont pas été prouvées devant le tribunal.

Ce que reproche la Ville

Selon Le Droit, les premières défectuosités ont été signalées en octobre 2020, le jour même où la Ville a pris possession de l’immeuble de façon provisoire. Quelques mois après l’ouverture, l’ingénieur municipal responsable du projet écrivait dans un courriel que «des problèmes majeurs restent à régler».

Le revêtement du plancher gonflait et formait de petites bulles. L’humidité était si élevée que de l’eau s’accumulait au sol. Une employée s’est blessée à la tête en glissant dans une de ces flaques, selon un document déposé au tribunal et cité par Le Droit. La Ville a fini par retirer le revêtement. Depuis, seul un protecteur recouvre la dalle de béton.

Des déshumidificateurs ont été ajoutés, mais les ennuis persistent, indiquent les documents juridiques consultés par Radio-Canada, qui font aussi état de condensation sur le plancher et de corrosion sur des tuyaux.

Une centaine de défectuosités

Un rapport de la firme Service EXP, déposé en décembre 2024 à la demande de la Ville, recense une centaine de défectuosités touchant l’électricité, le chauffage, la ventilation et l’architecture, a rapporté Le Droit. Les experts y relèvent des «défauts majeurs d’installation» dans la ventilation, une climatisation sous-dimensionnée et de la condensation qui fait naître des «risques de court-circuit électriques».

La salle mécanique, qui abrite les équipements de chauffage et de ventilation, est si exiguë que certains appareils ne peuvent être entretenus sans démonter d’autres composantes. Elle devra être agrandie et réaménagée. La conclusion des experts est sans appel : «Il n’est pas envisageable pour un propriétaire d’exploiter ce bâtiment sur le long terme».

Radio-Canada mentionne pour sa part le rapport d’une autre firme indépendante, Technorm, embauchée par la Ville pour faire le bilan des problèmes.

La réplique de l’entrepreneur

Construction J. Raymond rejette toute responsabilité. Selon Le Droit, l’entreprise soutient que les vices relèvent «des choix de conception approuvés par la Ville» et non de l’exécution des travaux. En juin, elle a demandé à la Cour supérieure de condamner la Ville à lui verser 220 930,54 $ pour des frais liés à des retards de chantier. La Ville juge cette demande irrecevable.

L’entrepreneur n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de Radio-Canada, pas plus que les autres firmes visées, à l’exception de CIMA+, qui a refusé de commenter un dossier devant les tribunaux. La mairie a adopté la même position. «Le dossier est présentement judiciarisé, nous n'émettons pas de commentaire à ce stade», a indiqué son directeur des communications, Laurent Lavallée.

Les contribuables avancent les frais

La Ville n’attend pas la fin des procédures pour agir, et c’est elle qui paie les correctifs. Elle a publié à la fin septembre deux appels d’offres pour obtenir des services d’ingénierie et d’architecture en vue de refaire la ventilation, la climatisation et le chauffage, selon Le Droit. Le quotidien précise que des plafonds devront être en partie refaits.

La conseillère municipale Chloé Bourgeois, vice-présidente de la Commission des arts, de la culture, des lettres et du patrimoine, s’est dite préoccupée par la situation, particulièrement pour les contribuables, a rapporté Radio-Canada. Elle dit l’avoir apprise par les médias.

L’élue fait le lien avec le rapport déposé en août par la vérificatrice générale de la Ville. Celle-ci y constatait que l’information transmise aux élus sur les grands projets était variable et parfois insuffisante, notamment sur les risques de dépassements de coûts et d’échéanciers.

Les tribunaux devront maintenant établir qui, du concepteur ou du constructeur, est responsable des défauts, et donc qui paiera la réfection d’un bâtiment public de six ans.

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