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Opinion
Chroniqueur anonyme

Arrima : un Québec qui veut choisir ses immigrants doit d’abord savoir tenir leurs dossiers

746 candidats à l’immigration ont appris par erreur que leur dossier était fermé. Ce bogue n’est pas un détail technique : il affaiblit l’argument même du Québec maître de sa sélection.

3 min de lecture
Des documents classés dans un porte-documents. Photo d’illustration. Photo : Anete Lusina / Pexels (licence Pexels)

Il a fallu de la patience et de l’obstination pour que le Québec obtienne le droit de choisir lui-même une large part de ceux qui viennent s’établir chez lui. Ce pouvoir n’est pas un accessoire administratif. Il est l’un des rares leviers dont dispose une nation francophone minoritaire en Amérique pour assurer sa continuité. Encore faut-il l’exercer avec sérieux.

Or, samedi, le 10 octobre, Arrima, la plateforme du ministère québécois de l’Immigration (MIFI), a envoyé à 746 personnes un avis leur annonçant que leur demande de sélection permanente était expirée et leur dossier, fermé. C’était faux. Le Ministère a confirmé à Radio-Canada qu’une « anomalie informatique » était en cause.

Une nation se juge aussi à son administration

Qui sont ces 746 personnes? Des candidats au programme de sélection des travailleurs qualifiés, des gens qui, comme les deux candidats cités par Radio-Canada, ont déjà commencé leur vie ici et préparent un dossier exigeant. Arnaud Gauthier, un Français d’origine, peaufinait depuis des semaines sa demande de Certificat de sélection du Québec, à déposer avant le 23 novembre. Samedi matin, il n’y avait plus accès. « On ne sait même pas si c’est un bogue, il n’y a aucune communication », a-t-il confié à Radio-Canada.

José Israël Salieron Maciel, originaire du Mexique et établi à Lévis, a reçu le même avis. Il a d’abord cru être seul, avant de découvrir sur les réseaux sociaux qu’ils étaient nombreux dans sa situation.

Voilà des gens qui ont fait le choix du Québec, de sa langue et de ses règles. Le moins que l’État leur doit, c’est une administration qui ne perd pas leurs papiers et qui répond au téléphone. L’avocate Soraya Blouin, vice-présidente de l’association qui regroupe les juristes québécois spécialisés en immigration (AQAADI), déplore justement le manque de communication du Ministère, alors que plusieurs dizaines de personnes tentaient de le joindre depuis le samedi matin.

Pas un premier raté

On voudrait croire à l’accident isolé. Ce n’en est pas un. En juillet, la réouverture du Programme de l’expérience québécoise avait déjà été perturbée par un problème technique, le Ministère reconnaissant alors que l’affluence avait compliqué l’accès à la plateforme. Deux ratés en quelques mois, sur l’outil même qui sert à trier les candidats.

Le MIFI assure que ses équipes sont « pleinement mobilisées » et que les personnes touchées « ne devraient pas avoir à recommencer ». Tant mieux. Mais un ministère qui se mobilise après coup n’a pas fait son travail avant. Combien a coûté Arrima? Qui, au sein du Ministère, répond de ses défaillances? Quelles normes de service s’impose-t-il? Les contribuables québécois paient pour un système qui fonctionne, pas pour des excuses envoyées par courriel.

L’argument que l’on offre à Ottawa

C’est ici que l’affaire dépasse la simple maladresse informatique. Chaque fois que le Québec réclame davantage de pouvoirs en immigration, on lui oppose, à Ottawa comme ailleurs, la même objection feutrée : en a-t-il vraiment la capacité? Un bogue qui ferme par erreur des centaines de dossiers, sans explication pendant des heures, donne à cette objection un exemple tout fait. La juriste Soraya Blouin relève d’ailleurs que, faute d’explications, plusieurs immigrants se sont demandé si les fermetures avaient un lien avec le changement de gouvernement. Voilà où mène le silence d’une administration : à la rumeur.

Le nouveau gouvernement du Parti québécois hérite de ce dossier. L’avocat Maxime Lapointe lui demande de régler ces problèmes connus. Il a raison, et il faut aller plus loin : un audit indépendant d’Arrima, rendu public, avec des coûts, des délais et des responsables nommés. La souveraineté administrative, avant d’être un slogan, est une affaire de compétence.

Le Québec a raison de vouloir choisir. Il a le devoir de bien choisir, et donc de bien gérer. Une nation qui revendique la maîtrise de son avenir ne peut pas se permettre de laisser une machine mal entretenue parler à sa place. Soyons dignes du pouvoir que nous avons arraché : exigeons qu’il soit exercé avec rigueur.

Les textes d’opinion n’engagent que leurs auteurs.

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