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Arnaques amoureuses : 63,3 M$ de pertes au Canada en 2025, et « personne n’est à l’abri »

Une intervenante du CAVAC de Montréal explique comment les fraudeurs gagnent la confiance de leurs victimes, pourquoi si peu de gens portent plainte et où trouver de l’aide.

3 min de lecture
Une personne consultant son téléphone. Photo d’illustration. Photo : cottonbro studio / Pexels

Vous avez rencontré quelqu’un en ligne, il est attentionné, toujours disponible, et un jour il vous demande de l’argent. Vous pensez que cela ne vous arriverait jamais? Mélanie Cyr, qui travaille auprès des aînés maltraités pour le CAVAC de Montréal (le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels), constate le contraire depuis des années. « Ça peut arriver à n’importe qui. Personne n’est à l’abri », dit-elle au Soleil.

Des pertes qui se comptent en millions

En 2025, le Centre antifraude du Canada a reçu 1093 signalements de stratagèmes de rencontre, pour des pertes totales de 63,3 millions de dollars. Ces chiffres ne disent pas tout : l’arnaque amoureuse figure parmi les fraudes les moins dénoncées, et on estime que moins de 10 % des victimes de fraude portent plainte. La honte, selon les sources, les garderait le plus souvent silencieuses.

Les sommes en jeu sont énormes. Ce genre de fraude se classe au troisième rang des plus coûteuses au Canada. « Il y en a certains qui perdent quelques milliers de dollars, mais il y en a d’autres qui perdent des demi-millions. Même leur maison », dit Mme Cyr. Certaines personnes aînées ont dû retourner travailler ou recourir aux banques alimentaires. D’autres ont vendu leur maison pour rejoindre en France ou aux États-Unis un amoureux qui ne s’est jamais présenté à l’aéroport : c’est là qu’elles ont compris.

Un lien de confiance, pas de la crédulité

Contrairement à une idée reçue, les études indiquent que les victimes ont souvent un niveau de scolarité supérieur à la moyenne. « Ça n’a pas rapport avec l’intelligence des gens. Ce n’est pas à cause d’une crédulité ou d’un manque de connaissance. C’est un lien de confiance qui est très bien établi et qui se nourrit avec le temps », explique l’intervenante. Elle a vu des dossiers où la relation durait depuis six ans, et d’autres où elle ne remontait qu’à quelques semaines.

La porte d’entrée est le plus souvent une application de rencontres ou un réseau social. Selon Mme Cyr, les victimes ont en commun d’avoir traversé une période de fragilité, par exemple un décès, une rupture, un congédiement ou le passage à la retraite. En temps normal, souligne-t-elle, ces personnes n’auraient pas accepté la demande d’amitié d’un inconnu.

Derrière l’écran, il n’y a pas nécessairement un seul interlocuteur. Les échanges peuvent impliquer tout un réseau de fraudeurs qui se relaient et renforcent l’illusion. Mme Cyr parle de réseaux criminels qui travaillent ensemble outre-mer, à un niveau de sophistication « impressionnant ». Quand l’amoureux évoque un voyage d’affaires ou une situation urgente qui exige un virement, la victime ne s’en formalise guère.

Le deuil, la honte et le risque de rechute

La prise de conscience arrive de plusieurs façons. Souvent, l’entourage alerte les autorités; parfois, la victime appelle elle-même la police, croyant qu’il est arrivé malheur à son amoureux.

Vient ensuite un deuil à la fois financier et affectif, car la présence quotidienne du fraudeur laisse un grand vide. À la honte s’ajoutent la colère envers l’escroc et envers soi-même. La détresse peut être telle qu’elle comporte un risque suicidaire. Le programme SAUVER, auquel la police municipale de Montréal a associé Mme Cyr, soutient les victimes de fraude amoureuse en ligne et de fraude du type « grands-parents ». Il a été conçu notamment pour normaliser ces émotions.

Autre danger : une personne déjà arnaquée risque davantage de l’être de nouveau, surtout durant les deux années qui suivent. Les réseaux se partagent leurs contacts, ce qui explique qu’on retrouve des gens victimes de plusieurs types de fraude.

Que faire?

Pour se reconstruire, Mme Cyr insiste sur la sortie de l’isolement, la stratégie même des fraudeurs, qui coupent leur victime de sa famille et de ses amis. « Le plus important, c’est de ne pas rester seul à la maison avec ses applications sociales », conclut-elle.

Les services des CAVAC sont offerts dans toutes les régions du Québec. Une victime n’a donc pas à rester seule avec cette épreuve.

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