Anne Carson, deuxième Canadienne couronnée par le prix Nobel de littérature
Poétesse et essayiste passée par McGill, à Montréal, Anne Carson reçoit le prix Nobel de littérature 2026, annoncé jeudi à Stockholm.

Anne Carson a appris le grec ancien à l’école, pendant la pause du midi, auprès d’un professeur de latin qui le lui enseignait. Née à Toronto en 1950, la poétesse et essayiste canadienne reçoit le prix Nobel de littérature 2026, annoncé jeudi à Stockholm par l’Académie suédoise. Le jury a couronné une œuvre « audacieuse et inventive » qui, « dans un dialogue ludique avec la tradition classique, a créé de nouvelles formes pour la littérature contemporaine ».
Ingrid Carlberg, secrétaire permanente de l’Académie suédoise, a dit que l’autrice se trouvait en Islande, « à l’écoute du vent », quand l’Académie l’a jointe. Le temps a manqué pour bavarder, a-t-elle ajouté : « Elle a été prise au dépourvu, mais elle était très heureuse. Je l’ai entendu dans sa voix. » Membre du comité Nobel, Steve Sem-Sandberg assure de son côté : « Personne n’écrit comme elle ».
Anne Carson est âgée de 76 ans. Elle a enseigné à McGill, à Montréal, puis au Michigan et à Princeton. Radio-Canada rappelle qu’elle est la deuxième Canadienne à recevoir ce prix, après Alice Munro en 2013 : pour les lecteurs québécois, le passage par Montréal donne à ce Nobel une résonance particulière.
La Presse rappelle qu’en 2020 l’autrice a reçu le prix espagnol Princesse des Asturies de littérature, dont le jury a salué un univers « exquis » et « érudit ». Sa bibliographie compte plus de vingt ouvrages : recueils de poésie, essais, pièces de théâtre, livrets d’opéra et traductions de textes grecs anciens. Parmi eux, *Men in the Off Hours*, mélange de poésie et de prose, lui a valu le prix Griffin de poésie au Canada en 2001; elle en a reçu deux au cours de sa carrière.
*Nox*, publié en 2010, fait partie de cette œuvre. L’Académie Nobel explique qu’il a été écrit en mémoire de son frère Michael, disparu avant de mourir au Danemark en 2000. Sa forme surprend : le texte se déroule d’un seul tenant, sur une feuille continue de plusieurs mètres.
Linda Morra, spécialiste de son œuvre, observe dans l’Encyclopédie canadienne que « L’amour et tous ses appâts, le contentement, les épreuves, les sentiments complexes, les désillusions, et toutes les questions reliées au spirituel et au divin constituent les thèmes les plus fréquents de sa poésie ». La poésie part donc des passions humaines pour rejoindre le sacré.
Elle est peu traduite en France, note Le Figaro. Le 6 novembre, Arche éditeur publie son essai *Éros doux-amer*, traduit de l’anglais (Canada) par Vanasay Khamphommala. Le livre explore le désir à partir de la littérature de la Grèce antique et des *Vagues* de Virginia Woolf. Pour les lecteurs francophones, c’est une porte d’entrée dans une œuvre encore peu lue ici.
Le prix comprend un diplôme, une médaille et 12 millions de couronnes suédoises, soit un peu plus de 1,7 million de dollars canadiens. Il est le quatrième annoncé cette semaine, après la médecine, la physique et la chimie. Radio-Canada souligne aussi que le palmarès reste dominé par les hommes et les lettres occidentales, et qu’aucune langue africaine n’y est représentée. L’an dernier, le prix était allé au Hongrois László Krasznahorkai.
Dans l’œuvre de Carson, la langue des Grecs anciens revient sans cesse, de l’initiation au grec jusqu’aux traductions qu’elle a publiées. Une œuvre qui garde la trace d’un frère disparu, sur une feuille de plusieurs mètres : la mémoire et la transmission sont au cœur de ce prix.


