Alliance avec l’UE : la France veut aller vite, mais n’a toujours pas ratifié l’accord de libre-échange
La nouvelle ambassadrice de France au Canada plaide pour une alliance Canada–UE concrète et rapide. L’accord de libre-échange, en vigueur depuis une décennie, n’est toujours pas ratifié par 10 pays européens, dont le sien.

Dix. C’est le nombre de pays européens qui n’ont toujours pas ratifié l’Accord économique et commercial global (AECG), le traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, pourtant en vigueur depuis une décennie. La France est du nombre.
Le rappel tombe au moment où Paris presse Ottawa de donner rapidement un contenu à une alliance plus large avec l’UE. « On n’a pas le temps de passer des années à discuter sur la virgule et le point », a lancé Hélène Farnaud-Defromont, ambassadrice de France au Canada depuis près d’un mois, en entrevue à son ambassade, a rapporté Le Devoir.
Deux mots pour une même idée
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, évoque un Canada « membre associé » de l’UE. Le premier ministre Mark Carney préfère parler d’« alliance ». Pour l’ambassadrice, l’écart est surtout une affaire de vocabulaire. « Tout ça, à la fin, […] c’est la même volonté. Ce sont des mots différents, mais il faut quand même qu’on construise cela. C’est très nouveau et il faut qu’on le fasse assez vite », a-t-elle ajouté.
Elle relie ce sentiment d’urgence à un ordre international profondément ébranlé, dans lequel le multilatéralisme, c’est-à-dire la coopération à plusieurs pays plutôt qu’en tête-à-tête, lui paraît d’autant plus nécessaire.
Des projets plutôt que des déclarations
Le rapprochement prendra d’abord forme par des initiatives précises, croit Mme Farnaud-Defromont. Elle cite l’aéronautique, le spatial, la défense et la sécurité, l’énergie, le quantique et l’intelligence artificielle. Plusieurs de ces industries sont solidement implantées au Québec, qui cherche depuis longtemps à en tirer profit.
Le nouveau gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon devra choisir sa stratégie. L’ambassadrice assure que le lien entre Paris et Québec ne dépend pas du résultat des urnes : « La France et le Québec ont une relation spéciale, directe, privilégiée, qui, indépendamment des élections internes au Québec sur lesquelles la France n’a absolument pas à se prononcer, continuera, se poursuivra ».
Moins dépendre de Washington
La France compte aussi appuyer la volonté de M. Carney de rendre le Canada moins dépendant des États-Unis. Sur la guerre tarifaire, toutefois, la riposte française passe par les institutions européennes, et non par des mesures bilatérales comme dans la relation entre Ottawa et Washington.
L’ambassadrice affirme que l’attitude canadienne devant la Maison-Blanche est admirée en Europe. Elle la décrit comme « à la fois très calme et très déterminée », face à des demandes américaines qu’elle qualifie d’« extrêmement radicales ». Les négociations officielles entre les gouvernements Trump et Carney sur les droits de douane demeurent, elles, au point mort.
Pour les entreprises exportatrices, la valeur d’une alliance se mesure à l’accès réel aux marchés. Un traité appliqué depuis dix ans sans que dix pays l’aient ratifié montre l’écart qui peut séparer les intentions politiques des engagements formels.
À surveiller
Le sommet Canada–UE prévu à Montréal à la fin d’octobre, que l’ambassadrice présente comme un jalon possible. Il dira si le vocabulaire commence à se traduire en projets concrets.


