Retraite : être propriétaire et avoir épargné va de pair avec une meilleure santé, selon une étude
Les retraités qui ont accumulé un patrimoine ont un meilleur état de santé général. L’étude pointe aussi une règle qui force les plus démunis à vider leurs économies avant d’obtenir de l’aide.

Elle a renoncé à soigner ses dents. Pas par choix. « Les dents là, j’ai oublié ça. Malgré le programme du Canada. Je peux même pas fournir la franchise », confie une femme parmi les plus démunies, citée dans une étude de l’Observatoire québécois des inégalités (OQI) rapportée par La Presse.
Cette étude, réalisée en 2025 et 2026, arrive à un constat clair : les personnes à la retraite qui ont accumulé peu de patrimoine sont plus à risque d’être en mauvaise santé. Le patrimoine, c’est la valeur de tout ce que l’on possède, une maison, une épargne, une pension, moins ses dettes.
Un écart de 32 fois
Chez les familles dont le principal soutien économique est une personne aînée, les 10 % les mieux nanties possèdent en moyenne un patrimoine 32 fois supérieur à celui des 40 % les moins favorisées.
Être propriétaire et toucher une pension d’employeur est associé à un meilleur état de santé général. À l’inverse, un faible patrimoine est lié à une santé moins favorable, notamment à davantage de maladies chroniques. Ces personnes déclarent aussi plus souvent des besoins de santé insatisfaits, malgré la couverture publique.
Certains aspects pourtant importants à la retraite ne sont pas couverts, explique Christian Girard, chercheur à l’OQI et auteur de l’étude. Il cite les soins dentaires, les médicaments, les soins auditifs et visuels, la physiothérapie ou les psychologues. Pour joindre les deux bouts, certains réduisent leur alimentation, leurs déplacements, ou renoncent à des soins.
Qui est le plus touché
Les femmes, les personnes immigrantes, les personnes en situation de handicap, les travailleurs autonomes, les proches aidants : toutes ces personnes ont souvent connu des interruptions de travail, explique M. Girard. Elles ont donc moins cotisé au Régime de rentes du Québec et à leur REER. Or, le système de retraite repose sur trois piliers : une pension fédérale, le Régime de rentes, puis l’épargne personnelle. Quand ce dernier pilier manque, tout l’édifice vacille.
Le chercheur pointe aussi un paradoxe créé par les règles de l’État : pour toucher l’aide financière de dernier recours, il faut d’abord épuiser la majeure partie de ses économies. À la retraite, on reproche ensuite à ces personnes de ne pas avoir de patrimoine, alors que le système de retraite compte justement sur l’épargne personnelle comme l’un de ses trois piliers. Autrement dit, une règle publique décourage précisément ce que l’étude associe à une meilleure santé à la retraite : épargner.
La solitude, l’autre fardeau
Moins de moyens, c’est aussi moins de sorties et d’activités. Le sentiment de solitude touche 40,2 % des aînés les plus pauvres, contre 24,1 % des plus aisés. Et l’isolement, rappelle l’étude, nuit à la santé.
Si vous ou un proche avez renoncé au dentiste, informez-vous sur le Régime canadien de soins dentaires, déployé depuis décembre 2023, qui couvre une partie de ces soins pour certains groupes. Parfois, une seule démarche suffit à rouvrir une porte qu’on croyait fermée.


