À Saint-Hubert, H55 Canada veut produire au pays les batteries des avions électriques et militaires
Filiale d’une entreprise suisse issue de Solar Impulse, la PME de Longueuil fournit les batteries de l’avion hybride de démonstration de Pratt & Whitney Canada et compte doubler son effectif d’ici le milieu de 2027.

Faire voler un avion grâce à des batteries, sans jamais mettre ses passagers en danger : c’est le travail quotidien de H55 Canada. Installée dans un bâtiment de l’aéroport de Saint-Hubert, à Longueuil, la PME conçoit les systèmes de batteries embarqués d’avions à propulsion électrique ou hybride électrique, a rapporté La Presse.
L’entreprise est la filiale canadienne de H55, une société suisse issue de Solar Impulse, le prototype d’avion solaire qui a bouclé un tour du monde sans carburant il y a 10 ans. Le site de Saint-Hubert est devenu le pôle nord-américain de développement et de production du groupe.
Plus exigeant qu’une auto électrique
On pourrait croire que l’auto électrique a tout réglé. Ce n’est pas le cas dans les airs. Le principal danger porte un nom : l’emballement thermique, c’est-à-dire une surchauffe incontrôlable d’une batterie qui peut mener à un incendie.
« Les passagers peuvent toujours sortir rapidement de l’automobile en cas d’emballement thermique, mais c’est évidemment impossible quand on est dans un avion », illustre Axel Doffey, directeur général de H55 Canada.
À la fin de 2025, H55 est devenue la première entreprise à réussir les tests de certification des batteries de l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA), l’autorité qui autorise les appareils à voler en Europe. Ce jalon a exigé près de 10 ans de développement et des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars, selon La Presse.
Un partenaire de poids
H55 fournit le système de batteries de l’avion de démonstration de Pratt & Whitney Canada. Sa propulsion hybride électrique combine un moteur thermique de Pratt & Whitney Canada, un moteur électrique de 1 mégawatt et les batteries de H55 Canada.
L’objectif : améliorer de jusqu’à 30 % l’efficacité énergétique d’un vol typique d’avion régional de 50 places.
La PME affirme pouvoir passer « à très court terme » à la production industrielle lorsque le marché sera prêt. Ses prototypes sont déjà assemblés sur une chaîne de production conçue pour être agrandie. Il faudra alors fournir les batteries des nouveaux appareils, mais aussi leurs batteries de remplacement. « On s’attend à une augmentation exponentielle des volumes », prévoit Axel Doffey.
Le pari de la défense
H55 Canada vise aussi le marché militaire, où la capacité de produire au pays est devenue un enjeu central. « Le gouvernement canadien entend développer des technologies de défense souveraines », rappelle le dirigeant. Selon lui, les batteries embarquées sont un élément important pour y arriver, et les trois quarts des technologies de l’entreprise sont mises au point au Canada.
Son argument de vente : un système d’énergie fiable au point de permettre le survol de zones habitées ou le transport de personnes. La PME fait aussi valoir que ces appareils peuvent mener des opérations silencieuses, avec une signature thermique limitée, c’est-à-dire en dégageant peu de la chaleur qui permet de repérer un appareil.
La promesse et la réalité
Tout reste à démontrer à grande échelle. H55 Canada compte aujourd’hui une dizaine d’employés. Elle prévoit doubler son effectif d’ici le milieu de 2027 en recrutant des ingénieurs en recherche-développement et en fabrication.
L’entreprise ne précise pas quand commencera la production industrielle : elle dépend de l’arrivée sur le marché des avions qui utiliseront ses batteries. Une dizaine d’ingénieurs à Saint-Hubert peuvent-ils donner au Canada une filière souveraine de batteries d’avion? Le carnet de commandes des prochaines années donnera la réponse.


