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Santé

À la prison de Hull, Taktika parle de suicide et de dépendance aux détenus : « la prison m’a sauvé la vie »

Le groupe de rap québécois visite des établissements de détention pour parler de toxicomanie, de deuil et de prévention du suicide. Une activité payée par un fonds alimenté par les détenus eux-mêmes, et non par les contribuables.

2 min de lecture

Il y a deux ans, il a tenté de mettre fin à ses jours. Aujourd’hui, assis dans le gymnase de l’Établissement de détention de Hull, cet ancien militaire des Forces armées canadiennes, aux prises avec un trouble de stress post-traumatique et 15 ans d’alcoolisme, vient de souligner sept mois de sobriété. « La prison m’a sauvé la vie », confie-t-il à Radio-Canada.

Ce jour-là, il écoutait les deux membres du groupe de rap québécois Taktika parler de toxicomanie, de deuil et de reconstruction. « Ça ne touchera pas tout le monde, mais ça va toucher du monde. Moi, ça m’a touché », dit-il.

Une rencontre en quatre temps

Depuis une quinzaine d’années, Taktika donne de 30 à 40 conférences par année, surtout dans des écoles, des centres jeunesse et des centres de thérapie. Les prisons représentent environ une visite par an : le groupe est passé par Roberval, Sherbrooke, Baie-Comeau et, à deux reprises, Gatineau.

À Hull, la rencontre d’une heure et demie, devant des dizaines de détenus, comportait quatre volets : l’histoire du groupe, la prévention du suicide, le milieu musical et le parcours de désintoxication de Simon Valiquette, alias B-Ice, sobre depuis 18 ans.

Gabrielle Pineault, conseillère en milieu carcéral, a organisé l’activité. Elle ne se fait pas d’illusions : « Je pense pas que ça va changer toutes leurs pensées, mais je pense que ça peut semer des graines. »

Des détenus partagés

Pour un détenu, le message porte davantage parce qu’il vient de gens connus qui ont eux-mêmes vécu la consommation. « Ils l’ont vécu, ils savent la souffrance », dit-il.

Un autre est plus critique. Selon lui, plusieurs sont venus pour le spectacle, et le système manque de programmes concrets. « Il n'y a rien vraiment qui t’aide à t'améliorer, être dans des relations plus saines, avoir des buts dans ta vie », déplore-t-il.

Les membres de Taktika, Simon Valiquette et Frédéric Auger, ne prétendent pas changer le monde. « On ne peut pas changer ces gens-là dans l'instant », admet Frédéric Auger. « Mais peut-être que, dans un an ou deux, ils vont avoir compris des choses. »

Qui paie?

La question revient souvent, et la réponse surprend. La visite n’est pas payée avec l’argent des contribuables, explique Cindy Perrier, conseillère à la direction de l’établissement. Elle est financée par le fonds de soutien à la réinsertion sociale, alimenté par des sommes générées par les détenus eux-mêmes : une retenue sur le salaire de ceux qui travaillent pendant leur détention, les profits de la cantine et des contrats confiés au fonds. « C’est par eux, et pour eux », résume-t-elle.

Pour l’ancien militaire, l’investissement en vaut la peine. Chaque programme qui évite une récidive évite aussi un retour en détention. « C'est pas une dépense inutile. Tu investis dans le gars », dit-il.

Besoin d’aide?

Si vous ou un proche avez des idées suicidaires, appelez ou textez le 988, la ligne d’aide en prévention du suicide, offerte jour et nuit partout au Canada.

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