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Opinion
Chroniqueur anonyme

12 000, 20 000 ou silence radio : la taille de l’État est le seul vrai test de cette campagne

Tous les partis promettent le déficit zéro. Mais quand vient le temps de dire combien de postes de fonctionnaires disparaîtront, la plupart regardent ailleurs. Les électeurs méritent des chiffres, pas des slogans.

2 min de lecture
L’édifice Marie-Guyart, qui abrite des ministères, à Québec. Photo : Quintin et Hayden Soloviev / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Il y a une question simple que tout électeur devrait poser avant lundi : combien?

Pas combien de milliards de promesses. Ça, tout le monde le sait par cœur. Non : combien de postes dans la fonction publique en moins, pour payer tout ça? Parce que la vérificatrice générale a été claire. Il faudra trouver au moins 2 milliards en 2027-2028 et 3 milliards en 2028-2029 pour équilibrer le budget, et le ministère des Finances ne sait pas encore où.

Deux partis ont eu le courage de répondre. Le Parti conservateur supprimerait 20 000 postes. Le Parti libéral, près de 12 000 en cinq ans. On peut être d’accord ou non. Au moins, on sait.

Les autres? Admirez la souplesse.

Le Parti québécois promet de couper 2,5 % de la masse salariale du secteur public. Combien de postes? Pas de cible, assure-t-il. « On a décidé d’avoir une approche en termes de valeur de la masse salariale », a expliqué son ex-ministre des Finances, Nicolas Marceau. En coulisses, selon La Presse, le parti évoque l’équivalent de 16 000 postes. Mais attention, précise La Presse : ce n’est pas une cible recherchée. Seize mille postes qui ne sont pas une cible. On a hâte de voir ce que serait une cible.

Même flou pour Santé Québec, que le PQ veut abolir. Y aura-t-il moins de fonctionnaires? « Globalement, vous avez raison de dire que la taille du nombre de fonctionnaires pour gérer la santé va diminuer », a concédé Paul St-Pierre Plamondon. Combien? Pas de chiffres.

La CAQ, elle, a trouvé la formule magique : pas de compression, pas de baisse d’impôt, et l’équilibre quand même. Christine Fréchette rejette le mot austérité « parce qu’on ne compte pas réduire les services aux citoyens ». Pour boucler la boucle, elle compte sur plus de 4,3 milliards de transferts fédéraux qu’Ottawa n’a ni confirmés ni signés. Gouverner, c’est prévoir, disait-on. Ici, gouverner, c’est espérer.

Québec solidaire a au moins le mérite de la franchise : il ne veut pas réduire l’État, il veut le financer en taxant les grandes fortunes. On peut trouver le pari risqué. On ne peut pas lui reprocher de le cacher.

Soyons clairs : il ne s’agit pas de faire le procès des fonctionnaires. La très grande majorité font leur travail, souvent dans des structures qu’ils n’ont pas choisies. Le problème n’est pas l’employé au bout du corridor; c’est l’empilement de directions, d’agences et de programmes que chaque gouvernement ajoute et qu’aucun n’ose retirer.

Le Devoir posait la question cette semaine : quel parti veut supprimer le plus de postes dans la fonction publique? La vraie question est plutôt : pourquoi certains partis refusent-ils d’y répondre?

Un parti qui promet de faire le ménage sans dire combien de pièces il videra demande un chèque en blanc. Et un chèque en blanc, au Québec, finit toujours de la même façon : sur le compte de taxes du contribuable.

Lundi, avant de voter, posez la question. Combien? Ceux qui ne répondent pas vous ont déjà répondu.

Les textes d’opinion n’engagent que leurs auteurs.

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